Léon Kengo tabassé: qui est le prochain sur la liste?

L’année 2011 aura été pour les Congolais une année importante : celle durant laquelle le peuple devait se choisir ses élus et son chef d’état pour un mandat de cinq ans. Pour certains, l’année électorale 2011 s’est terminée avec succès car le vote a eu lieu, le gagnant a été proclamé, investi, et le travail peut commencer (ou continuer…). Tandis que pour d’autres congolais, 2011 aura été un échec total sur le plan électoral : les élections au Congo ont été si frauduleuses que les résultats ne reflètent pas la volonté du peuple congolais. Peu importe le camp où ils se sont trouvés, les congolais se sont ‘efforcés’ de célébrer la fin de l’année dans la paix, la joie et la gaité ; certains en allant à l’église, d’autres en allant retrouver des amis dans des lieux non religieux. Cependant, il faut le reconnaitre, tous les congolais n’ont pas été touché et enveloppé par l’esprit de paix qu’amène la fête de la Saint-Sylvestre. C’est le cas de ceux qui ont agressé, attaqué, rossé, tabassé (les mots nous manquent pour décrire leur acte) à Paris le président du Sénat congolais, Mr. Kengo wa Dondo,  alors qu’il s’apprêtait à monter à bord de la voiture qui était venue le chercher en gare du Nord pour un séjour privé a Paris.

Cet acte violent est grave, très très grave. Il exige de nous une profonde réflexion. C’est un acte qui a une signification importante, des conséquences incalculables, et des ramifications longues et insoupçonnées.  Voici notre analyse: l’attaque sur la personne de Mr. Léon Kengo renseigne sur le haut degré de frustration qui caractérise une bonne partie de la population congolaise. Ces nombreux congolais frustrés et en colère vivent non seulement au pays mais aussi à l’étranger. La seule différence entre eux est que ceux qui sont à l’étranger sont plus libres d’exprimer et de libérer leur frustration que ceux sont au pays. L’agression de Léon Kengo n’est que l’expression d’un peuple qui se sent abusé, trahi, lésé, spolié, et trompé. Nous n’essayons pas ici de justifier cet acte violent en se faisant passer pour ‘l’avocat du diable’. Nous essayons d’en comprendre la nature, les raisons, et le but. Pour nous, il est plus que nécessaire que le pouvoir en place à Kinshasa comprenne la nature et les raisons de cet acte. Il faut que le gouvernement du président Kabila comprenne jusqu’à quel point ce peuple est frustré.  Après avoir eu à agresser les musiciens, les pasteurs, et les politiciens, les soi-disant ‘combattants’ d’Europe se permettent d’attaquer celui qui aujourd’hui est la deuxième personnalité politique en terme protocolaire. C’est grave.

C’est faux de croire que ce sont seulement ces ‘combattants’ de Paris ou de Londres qui sont frustrés et en colère. Leur frustration est générale. Les congolais frustrés sont partout, parmi les ‘combattants’ à l’étranger, parmi les kinois qui doivent se battre chaque jour pour pouvoir manger, se laver, se déplacer, se soigner, parmi les katangais qui voient leur richesse aller en Chine sans un quelconque profit pour eux, parmi les Kivutiens qui voient les rwandais et les ougandais exploiter illégalement leurs richesses, parmi les bandundois et bas-congolais qui se font chassés comme des chiens de l’Angola, parmi les kasaiens qui vivent et dorment affamés sur un sol rempli de diamant, parmi les soldats de l’armée congolaise et policiers qui servent une nation qui les paient en monnaie de singe, parmi ces milliers des jeunes congolais qui ‘fuient’ leur riche pays pour aller laver les cadavres et les assiettes des blancs. Le peuple congolais est fatigué et au bord de l’énervement explosif. La seule différence entre ce monde et les ‘combattants’ de Paris est que ces derniers ont choisi la mauvaise façon d’exprimer leur frustration et leur colère. Cela ne veut pas dire que les kinois ou les katangais ne sont pas capables des tels actes de violence. Je suis plus que convaincu que si le congolais vivant au pays avait plus de liberté d’expression, il exprimerait sa frustration avec une violence qui dépasserait peut être celle des ‘combattants’ d’Europe.

Je ne pense pas que le pouvoir en place à Kinshasa réalise l’état psycho-pathologique du peuple congolais. Si c’était le cas, des changements sérieux auraient déjà été apportés dans le choix des décisions politiques et dans la manière de gérer les biens publics. Par exemple, si le pouvoir en place au Congo tenait en compte la psychologie du peuple congolais, il aurait demandé à la CENI de refaire sous la supervision d’une commission neutre le dépouillement et le comptage des votes de l’élection présidentielle.  Une telle décision aurait permis de décrisper la situation et d’ôter tout doute parmi la population en ce qui concerne les résultats du vote. Aujourd’hui, pour n’avoir fait aucun cas de la volonté d’une grande partie de la population qui n’a pas accepté les résultats du vote, le pouvoir en place doit faire face à des groupes d’individus qui ne le reconnaissent pas.

Le président Obama n’a pas été voté par tout le monde mais ceux qui ne l’ont pas voté le reconnaissent comme leur président ; simplement parce que les règles démocratiques et de transparence ont été respectées. Dans le cas du Congo, le chef d’état et les 500 députés ne seront pas reconnus comme tels par tous ; simplement parce que la commission électorale a failli dans sa mission et le pouvoir en place refuse de reconnaitre cela.  Tout ceci crée une situation de confusion et ajoute à la frustration du peuple un sentiment de déception. L’attaque de Léon Kengo à Paris n’est qu’une ramification de cette frustration et de cette déception qui envahit l’âme du congolais. En attaquant Kengo, ces congolais n’ont pas attaqué un homme, ils ont plutôt attaqué un système, un ensemble d’institutions, qui pour eux, représente la source de la souffrance du peuple congolais.

Une fois de plus, nous insistons sur le fait que nous n’essayons pas de justifier cette attaque. Elle est surement à condamner. Mais, elle doit être aussi étudiée. Exiger à la France d’enquêter sur cette affaire et de demander de compte aux assaillants ne suffit pas. On sait très bien que la France a tout le moyen de le faire (on connait déjà surement l’identité des ces hommes grâce aux cameras qui ont filmé l’attaque). Le plus important est de comprendre l’acte et d’en tirer les conséquences nécessaires. Car si rien ne change au pays, si la frustration de ce peuple reste telle qu’elle est, si ces ‘combattants’ se sentent toujours abusés, ce genre d’attaque va continuer. Après Léon Kengo, ca sera peut être le tour du Gouverneur Kimbuta, du ministre de l’information Albert Mende, et pourquoi pas de Mr. Kabila. Je ne souhaite pas du tout que cela n’arrive. Mais en humble analyste de la situation politique congolaise, j’entrevois les possibles conséquences des décisions présentes. Aujourd’hui, c’est clair que tous les politiciens proches du pouvoir de Mr. Kabila ne peuvent (et ne doivent) plus circuler librement en Europe et en Afrique du Sud sans un dispositif de sécurité important. En disant cela, nous n’incitons pas du tout ces ‘combattants’ à la violence mais plutôt nous voulons faire observer à tous la situation réelle dans laquelle se trouve le Congo. Nous lançons cet appel au pouvoir en place à Kinshasa : engager un dialogue avec toutes les forces vives du pays, arrêter de jouer à l’autruche en voulant faire croire à tous que le Congo se porte bien et qu’il est sur la voie du développement. Si c’était le cas, le domicile de Mr. Etienne Tshisekedi ne serait pas sous surveillance militaire. Le simple fait que ce pouvoir à Kinshasa soit obligé d’enfermer militairement un citoyen congolais chez lui indique que la situation politique est tendue et au bord du dérapage. Jusqu’à quand allez-vous garder Mr. Tshisekedi sous surveillance militaire ? Il est clair que cette décision de surveiller militairement un opposant politique n’est pas une solution permanente à une situation de crise politique. Seul le dialogue a toujours été une solution par excellence. Je réitère ma proposition : que les formations politiques, toute tendance confondue, s’assoient sur une même table et dialoguent, trouvent une solution durable à la crise de légitimité qui secoue le Congo. Si cette solution passe par le recomptage des votes de l’élection présidentielle, n’ayons pas peur de cela, allons-y ! Sans ce dialogue, je ne vois pas d’issue à la crise actuelle. Le Congo connaitra 5 ans de turbulence et de tempêtes. Les policiers et les soldats à Kinshasa passeront leur temps à surveiller et à traquer les opposants politiques au lieu d’aller chasser les FDLR de l’est du pays. La communauté internationale continuera à se moquer de nous en nous traitant comme des enfants qui ont toujours besoin d’être aider pour n’importe quoi. Et, les ‘combattants’ d’Europe continueront à tabasser les musiciens, les pasteurs, et les hommes politiques qui viennent de Kinshasa. 

Il est temps que cette violence aveugle s’arrête. Cette violence est alimentée par le sentiment de frustration qui anime la nation entière. La politique congolaise l’a créée et c’est la politique congolaise qui devra la faire partir. L’ONU, Washington, Paris, et Bruxelles ne viendront pas le faire à notre place. Nous devons avoir le courage de nous regarder en face, confronter nos différences, et arriver à un accord pacifique en usant l’arme des forts : le verbe. Le Congo a assez sombré dans la violence. Cette violence commence à prendre une place inacceptable dans la culture congolaise. C’est inacceptable que la violence se soit aujourd’hui infiltrée dans les habitudes et la vie des congolais jusqu’à devenir une arme légitime, un moyen pour atteindre son but, un outil de travail. La violence est devenue le pain dont le congolais doit se nourrir tout le jour. Violence à Walikale, violence à kananga, violence en Ituri, violence à Kinshasa, violence à Paris, violence à Jo’burg…Il semble qu’il ne se passe pas un jour sans que des congolais meurent suite à ce genre de violence insensée…. 9 morts dans la prison de Bukavu, les FDLR tuent des villageois à Walikale, 3 morts à Masisi dans un conflit entre éleveurs,  maisons incendiées à Kabeya Kamwanga, la RTDK attaquée à Mbuji-Mayi…Que l’attaque sur la personne de Léon Kengo nous réveille de notre ‘distraction’ et nous fasse comprendre qu’il est temps que le Congo retrouve sa grandeur et que le congolais reçoive l’honneur qui lui est dû. Il est temps que les nations de la terre reconnaissent que le congolais est un homme de paix, un citoyen du monde généreux, accueillant, hospitalier, un homme béni de Dieu avec une terre proche de l’Eden biblique, un homme  travailleur dont la créativité et la production lui permettent de nourrir sa famille aisemment.

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