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Est-ce que le Congo sera le prochain Burkina Faso? Lettre Ouverte au Président Joseph Kabila

photo-emeute-kinEst-ce que le Congo sera le prochain Burkina Faso? Lettre ouverte à Joseph Kabila, Président de la République Démocratique du Congo

Will Congo be the Next Burkina Faso? Open Letter to Joseph Kabila, President of Democratic Republic of Congo (The French text is followed by the English version)

Monsieur le Président,

Je viens par la présente vous exprimer ma profonde indignation à l’égard des évènements violents et sanglants qui ont causé des nombreux morts à Kinshasa ces deux derniers jours.

J’ose croire que, comme des millions de Congolais vivant au Congo et à l’étranger, vous avez pu voir ces nombreuses images et vidéos choquantes (circulant sur les medias internationaux et sociaux) montrant non seulement l’étendue des dégâts matériels mais aussi des corps des civils et policiers calcinés, des jeunes gens tués par balle, la répression féroce des forces de l’ordre et les arrestations injustifiées des plusieurs manifestants. Ces images ont révélé clairement la colère et le désarroi de la population qui est descendue dans la rue pour dénoncer massivement le report des élections présidentielles et exiger le respect total du calendrier électoral et de la constitution de notre grand et beau pays.

Monsieur le Président, ces hommes et femmes qui sont morts n’ont pas mérité ce triste sort. Le seul crime qu’ils ont commis est celui de croire aux droits du Congolais, à leur droit de se rassembler, d’exprimer librement leurs opinions et de manifester leur mécontentement sans aucune peur des représailles. Et que dire des ces policiers qui ont perdu la vie, lapidés ou brulés vifs par une population au désespoir ? Ces policiers sont morts injustement au service d’un pouvoir qui bafoue toutes les valeurs de la démocratie. Du fond de mon cœur, Je dénonce fortement toutes les formes de violence qui ont causé ces pertes humaines et je prie que les coupables soient traduits en justice.

L’histoire retiendra et se souviendra que vous et votre gouvernement êtes responsables du sang innocent versé ces derniers jours. En effet, cette destruction humaine n’aurait pas eu lieu si le calendrier électoral était respecté et si vous aviez clairement annoncé au peuple Congolais votre départ du pouvoir à la fin de votre deuxième mandat. Au contraire, votre gouvernement s’est distingué par un désir délibéré de reporter indéfinitivement les élections et de vous permettre de rester au pouvoir au delà du limite de votre mandat. Au lieu de calmer les inquiétudes de cette population en exprimant ouvertement votre détermination à respecter la constitution, vous avez préféré entretenir un silence, un silence qui ne suscite que des suspicions et engendre un climat perpétuel de violence. Les atrocités commises ces derniers jours et votre indifférence face à l’agonie de ces familles qui ont perdu leurs fils, filles, frères et sœurs nous font croire que vous avez réellement l’intention de vous maintenir indéfinitivement au pouvoir.

Monsieur le Président,

Vous avez encore la chance de changer le sort que l’histoire donnera à votre personne. Vous avez encore la chance de voir votre nom associé à ceux des autres présidents Africains—Abdoulaye Wade du Sénégal, Goodluck Jonathan du Nigeria ou Armando Guebuzza de la Mozambique— qui ont paisiblement quitté le pouvoir à la fin de leur mandat. Je vous exhorte Monsieur le Président à dissiper les doutes, à arrêter les suspicions et le climat de violence en déclarant ouvertement que vous respecterez la constitution et quitterez le pouvoir à la fin de ce deuxième mandat qui s’achève en Décembre 2016. Si vous le faites, les générations futures se rappelleront de vous comme d’un héros.

Si vous n’agissez pas ainsi Monsieur le Président, le peuple Congolais continuera à manifester sa colère et le cycle de violence risque de continuer. Il sera aussi clair qu’en Decembre 2016, les manifestations publiques seront plus massives et que le Congo vivra la meme situation que le Bourkina Faso a connu en Novembre 2014. Monsieur le Président, pensez-vous que cela vaut la peine que vous finissiez votre mandat comme Blaise Compaore ? Il est plus que temps que les dirigeants Congolais relisent l’histoire des nations du monde et de l’Afrique, méditent sur l’histoire du Congo en général et de la triste fin du feu Président Mobutu Sese Seko en particulier et qu’ils comprennent, je l’espère, que nul ne peut se moquer indéfinitivement d’un peuple affamé, torturé et opprimé.

Ce peuple que vous dirigez a marre des leaders qui utilisent le pouvoir pour l’enrichissement personnel pendant que la population continue de croupir dans la misère la plus effroyable. Ce peuple est fatigué de l’incapacité du gouvernement à arrêter les attaques à la machette à l’est du pays. Ce peuple ne veut plus d’un chef d’Etat qui demeure au pouvoir à vie. Ce peuple veut jouir des avantages qui découlent de l’alternance politique. Ce peuple veut le changement. Et ce changement doit commencer par le respect de la lettre et de l’esprit de la constitution. Monsieur le Président, je vous supplie d’être le premier président Congolais à avoir initier cet ère nouveau de changement en honorant votre serment. Vous établirez un modèle que les futurs présidents Congolais et Africains voudront suivre.

Monsieur le Président, l’annonce de votre départ du pouvoir aura plus d’effets que toutes les résolutions du dialogue national en cours, un dialogue national qui est boycotté par une partie de l’opposition. La suspension de la participation des évêques catholiques à ce dialogue est la preuve que cette rencontre politique, au lieu d’être un forum d’unité nationale, se révèle être une source des tensions et divisions car il ignore la volonté d’une grande partie de la population qui demande par dessus tout que des élections présidentielles soient organisées dans le plus bref délai.

Monsieur le Président, veuillez écouter la voix de ces évêques qui, voilà plusieurs mois, recommande à la classe politique en général et à vous en particulier de respecter la constitution nationale et d’éviter de vous accrocher au pouvoir au-delà de votre deuxième mandat.

Pour finir, je vous invite humblement Monsieur le Président à lire le roman « En Suivant le Sentier sous Les Palmiers » de Pius Ngandu Nkashama afin d’y découvrir un message d’avertissement. Ce roman raconte l’histoire d’un jeune garçon qui, après avoir assisté au massacre de sa famille, fuit la scène de l’atrocité et se retrouve dans un village contrôlé par un guérisseur traditionnel assoiffé de pouvoir. Déterminé à prendre le control total du village, ce guérisseur utilise ses pouvoirs spirituels afin de causer la terreur et la crainte auprès de tout ceux qui essayent de contrecarrer ses ambitions. A la fin du roman, le peuple du village, reconnaissant les œuvres maléfiques de leur guérisseur, s’élève contre lui, l’attaque et le tue.

Monsieur le Président, ne tombez pas dans les mêmes erreurs commises par ce guérisseur. La destinée du Congo est en grande partie entre vos mains. Vos actions aujourd’hui peuvent soit conduire ce pays à entrer dans une nouvelle saison de paix, d’unité et de prospérité ou plutôt condamner ce peuple à continuer à vivre dans la peur, la misère et la violence. A vous de choisir !

Daniel Kahozi, PhD

Compatriote Congolais

Will Congo be the Next Burkina Faso? Open Letter to Joseph Kabila, President of the Democratic Republic of Congo

Mr. President,

I write this letter to you to express my deep indignation at the violent and bloody events that have caused many deaths in Kinshasa over the last two days.

I trust that, like millions of Congolese living in Congo and abroad, you were able to see the many shocking images and videos (circulating on international and social media) showing not only the extent of physical damage but also the burned bodies of civilians and police officers, young people shot dead, the fierce repression of the police and the unjustified arrests of several protesters. These images clearly showed the anger and dismay of people who took to the streets to denounce massively the postponement of the presidential elections and demand full respect of both the electoral calendar and the constitution of our great country.

Mr. President, these men and women who died did not deserve this fate. The only crime they have committed is that of believing in the rights of the Congolese people, their right to assemble, to freely express their opinions and express their dissatisfaction without fear of reprisals. And what about these policemen who were killed, stoned or burned alive by a population in despair? These policemen died unjustly serving a government that flouts all the values of democracy. From the bottom of my heart, I strongly denounce all forms of violence that have caused these casualties and I pray that the perpetrators are brought to justice.

History will record and remember that you and your government are responsible for the innocent blood shed in recent days. Indeed, this human destruction would not have occurred if the election schedule was respected and if you had clearly announced to the Congolese people that you would leave power at the end of your second term. Instead, your government has distinguished itself by a deliberate desire to postpone indefinitely the elections and allow you to stay in power beyond the limits of your mandate. Instead of calming the concerns of this population by openly expressing your determination to respect the constitution, you’ve chosen to maintain silence; a silence that arouses suspicions and generates a perpetual climate of violence. The atrocities committed in recent days and your indifference to the agony of the families who lost their sons, daughters, brothers and sisters make us believe that you actually intend to stay indefinitely in power.

Mr. President,

You still have the chance to change the fate that history will assign to your person. You still have the chance to see your name associated with those of other African presidents — Abdoulaye Wade from Senegal, Goodluck Jonathan from Nigeria or Armando Guebuzza from Mozambique — who peacefully left office at the end of their mandate. I urge you Mr. President to dispel all doubts and suspicions and to stop the climate of violence by declaring openly that you will respect the constitution and leave power at the end of this second term ending in December 2016. If you do so, future generations will remember you as a hero.

If you do not do so, Mr. President, the Congolese people will continue to express his anger and the cycle of violence is likely to continue. It will also be clear that in December 2016, public demonstrations will be more massive and that Congo will go through the same situation as Bourkina Faso has experienced in November 2014. Mr. President, do you think it is worth finishing your term like Blaise Compaore did? It is time for Congo leaders to read again the history of world and African nations, meditate on the history of Congo in general and the sad demise of the late President Mobutu Sese Seko in particular and understand, I hope, that we can not indefinitely take advantage of a hungry, tortured and oppressed people.

The people that you lead are fed up with leaders who use power for personal enrichment while the population continues to languish in the most abject poverty. The people are tired of the government’s inability to stop the machete attacks in eastern Congo. The people no longer want leaders who remain in power for life. This people want to enjoy the benefits of political change. The people want change. And this change must begin with the respect for the letter and the spirit of the constitution. Mr. President, I beg you to be the first Congolese president to initiate this new era of change by honoring your oath. You will establish a model that future Congolese and African presidents will want to follow.

Mr President, the announcement of your stepping down from power will have more effect than all the resolutions of the ongoing national dialogue, a dialogue that is boycotted by part of the opposition. The suspension of the participation of Catholic bishops in this dialogue is proof that this political meeting, instead of being a forum of national unity, proves to be a source of tensions and divisions because it ignores the will of a large part of the population who above all demand that presidential elections be held in the shortest possible time. Mr. President, please listen to the voice of these bishops who, for several months now, have been recommending that the political class in general and you in particular respect the national constitution and avoid clinging to power beyond your second term.

Finally, I humbly invite you to read Pius Ngandu Nkashama’s novel “En Suivant le Sentier Sous Les Palmiers” and discover the warning message that this text sends. This novel tells the story of a young boy who, having witnessed the massacre of his family, flees the scene of the atrocity and ends up in a village controlled by a traditional healer who is hungry for power. Determined to take total control of the village, the healer uses his spiritual powers to cause terror and fear to all those who try to thwart his ambitions. At the end of the novel, the people of the village, recognizing the evil works of the traditional healer, rise against him, attack and kill him.

Mr. President, do not fall into the same mistakes that this healer has made. The destiny of the Congo is largely in your hands. Your actions today can either lead this country to enter a new season of peace, unity and prosperity or rather condemn these people to continue to live in fear, poverty and violence. The choice is yours!

Daniel Kahozi, PhD

Fellow Congolese